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Bertrand Piccard, la tête dans le «cloud»

14 juillet 2017 05:02
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Bertrand Piccard, la tête dans le «cloud»

Scientifiques, sportifs, baroudeurs... les plus grands voyageurs d'aujourd'hui ne sont plus tout à fait solitaires, grâce au numérique et aux réseaux sociaux. Chaque jour, Le Figaro vous présente ceux qui partagent leur monde.

Se retrouver totalement seul au-dessus de l'océan Pacifique et pourtant être suivi par des milliers de personnes en direct. A 59 ans, Bertrand Piccard l'a vécu. Pendant près d'un an et demi, le pilote et initiateur de Solar Impulse s'est relayé avec André Borschberg pour effectuer un tour du monde en avion solaire. S'il a pu vivre une aventure solitaire «extraordinaire», il l'a aussi fait vivre en temps réel à des milliers de spectateurs grâce à internet et aux réseaux sociaux.

«L'objectif premier de Solar Impulse était de transmettre un message et montrer que l'avenir, le futur, ce sont les énergies propres», explique le pilote suisse. Pour transmettre ce message, Bertrand Piccard et ses équipes n'avaient pas d'autres choix que de se tourner vers les nouveaux médias. «Nous voulions diffuser cette idée le plus largement possible. Pour cela on ne pouvait plus se suffire des médias conventionnels. On a choisi de se lancer à fond sur les réseaux sociaux», indique le psychiatre de formation. 50.000 abonnés sur Twitter, 32.310 sur Instagram, ou encore plus de 46.500 personnes le suivent sur Facebook. Bertrand Piccard a fait d'internet son terrain de jeu. «Je n'avais pas conscience qu'on pouvait être plus proche des personnes en tweetant ou en partageant une photo sur Instagram. Il a vraiment fallu me convaincre», reprend-il.

Dans l'avion pas moins de cinq caméras filmaient en permanence le quotidien du pilote. «On avait le droit de mettre sur pause quand on devait aller aux toilettes pour avoir un peu d'intimité», se rappelle avec humour le Suisse. Les images étaient retransmises en direct sur le site de Solar Impulse tout au long de l'aventure. Selon le pilote, le public devait pouvoir suivre les vols à n'importe quel moment pour pouvoir s'approprier l'expérience Solar Impulse et son message. «Ça a pu être surprenant d'être filmé en permanence. Quand on mange son yaourt et qu'on s'en renverse dessus, on peut jurer. Et tout de suite on se fait rappeler à l'ordre par Monaco», s'amuse-t-il. Monaco, c'est le centre de contrôle basé dans la royauté qui contrôlait en permanence toutes les données à cause des impératifs technologiques drastiques qui leur étaient imposés. Un suivi en direct qui n'était pas toujours agréable. «Je me suis fait reprendre à la moindre erreur de pilotage. C'était vraiment l'œil de Moscou»... Ou de Monaco en l'occurrence.

Ces données étaient gérées par le cloud de Google. «Google Cloud Platform a permis de gérer les vastes quantités de données que l'avion a généré chaque jour pendant son vol, afin de pouvoir étendre l'expérience de son vol vers les gens sur terre», explique Nicolas Zanghi, développeur du site Solar Impulse.

Outre la diffusion en direct, Bertrand Piccard a également échangé en plein vol avec des personnalités comme le chanteur Akon ou encore l'actrice Marion Cotillard. Chaque interlocuteur était choisi pour son engagement dans la protection de l'environnement. Mais l'échange qui a le plus marqué l'aventurier c'est le dialogue qu'il a eu le 22 avril 2016 avec Ban Ki-Moon, à l'époque Secrétaire général des Nations unies. «Pouvoir échanger avec lui le jour où les pays se réunissaient à New York pour signer l'accord sur le climat c'était une opportunité unique. À ce moment-là je me suis dit heureusement qu'on a les moyens de faire ce genre de chose», confie-t-il.

Signe de son ultraconnectivité, Bernard Piccard a réussi à se prendre en photo de la manière la plus tendance du moment: en selfie. Grâce à une perche tenue en dehors de l'appareil, il s'est immortalisé dans le cockpit de l'appareil. La photo a été partagée des millions de fois. «Ce selfie était un moment marquant. La BBC a même désigné ma photo meilleure utilisation d'un “selfie-stick”».

Malgré les échanges, le suivi et le partage, Bertrand Piccard insiste: il a bel et bien vécu une aventure en solitaire. Pour se justifier, l'homme n'avance qu'une raison: «Au niveau de la responsabilité on est absolument seul». Pendant ses longues heures de vols, le Suisse a eu le temps de prendre du temps pour lui, pour s'imprégner le plus possible des paysages qu'il survolait. «Il y a eu quelques moments incroyables où il n'y avait aucun bruit. C'était souvent quand je me retrouvais à très haute altitude avec le masque à oxygène». De là-haut impossible de tweeter lui-même. Il envoyait ses photos et ses textes par satellite au centre de contrôle qui servait de relais. Pour autant l'objectif du voyage de Bertrand Piccard n'était pas d'être seul mais de partager «la beauté de vivre un voyage en solitaire».

De son périple, l'aventurier suisse garde des images «fabuleuses». Comme lorsqu'il a survolé le Pont du Golden State à son arrivée à San Francisco. Où quand il est passé au-dessus de la Virginie de l'ouest, avec ses sommets de collines coupées pour les mines de charbon. «Ça représentait un beau contraste entre le futur, l'énergie solaire, au-dessus du passé, le charbon», repense le quinquagénaire.

Au total, Bertrand Piccard aura effectué neuf vols, et passé plus de 280 heures aux commandes du Solar Impulse. Une réussite sur le plan technologique comme sur le plan de la communication. «Le message porté par notre expédition a vraiment été mieux partagé grâce aux réseaux sociaux. Si nous avions fait ce voyage il y a 10 ou 15 ans, nous n'aurions jamais eu le même succès», reconnaît Bertrand Piccard, qui se tourne déjà vers de nouveaux projets. Mais sur terre cette fois.

Source: lefigaro.fr

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