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Deuxième 49.3, le gouvernement accouche de la loi Travail aux forceps

6 juillet 2016 16:04
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Deuxième 49.3, le gouvernement accouche de la loi Travail aux forceps

Manuel Valls a coupé court à tout débat parlementaire, en dégainant à nouveau le 49.3, le jour même de la douzième et dernière journée de mobilisation de l'été. La gauche est aujourd'hui plus que divisée au lendemain de ce nouveau passage en force de l'exécutif.

Un nouveau passage en force sur le projet de loi El-Khomri qui n'a pas été du gout de tout le monde. Si à droite, par principe, les députés se sont levés pour quitter l'hémicycle, Christian Jacob — Président du groupe Les Républicains de l'Assemblée nationale — a annoncé que son groupe parlementaire ne présenterait pas de motion de censure, une ligne partagée également au Centre, à entendre le député Nouveau Centre Rudy Salles.

​"Ecoutez, c'est une affaire interne à ce qui s'appelait la +majorité+, en tout cas, au Parti Socialiste. Qu'ils règlent leurs problèmes entre eux, cela ne nous concerne pas… Monsieur Valls a été nommé par le Président de la République, s'il considère qu'il doit changer de Premier ministre et bien c'est lui qui le nomme, en tout cas ce n'est pas à moi de faire des commentaires là-dessus.

Je constate un spectacle absolument navrant, au niveau de la majorité et du gouvernement, aujourd'hui chacun règle ses comptes en plein jour: il y a quelques jours c'était Monsieur Eckert qui réglait ses comptes avec Monsieur Macron par Twitter interposés. J'avoue que je n'ai encore jamais vu une telle situation entre le gouvernement et ce qui s'appelle la majorité, mais je crois que l'on n'est pas encore au bout de nos peines."

​"Je pense que ce n'était pas utile, qu'on aurait pu trouver une autre solution et des portes de sortie avaient été ouvertes, notamment avec l'amendement qui avait été proposé par Olivier Faure et signé par plus de 120 députés socialistes. C'est une volonté de passer en force, de ne pas écouter la voix du parlement — une nouvelle fois — de ne pas écouter non plus la nation et je trouve que c'est très dommageable pour la suite de nos débats et que cette loi n'aurai pas dû passer de cette façon-là, on aurait pu trouver des compromis."

Mais le gouvernement et le Parti Socialiste sont-ils dans une optique de compromis? Si Manuel Valls a assuré, à plusieurs reprises, que le texte était "le fruit de nombreux compromis", qu'en est-il à l'égard des élus de sa propre majorité?

Autre élément qui démontre la ligne dure adoptée par l'exécutif: le dépôt d'une motion de censure par des députés socialistes leur vaudrait l'exclusion du groupe PS à l'Assemblée Nationale, ainsi que du Parti. C'est la menace qu'avait brandie le président des Socialistes à l'Assemblée, Bruno Le Roux, lors de la précédente tentative de déposer une motion de censure: «Les frondeurs doivent savoir que […] c'est une ligne rouge que de déposer ou voter une censure contre le gouvernement», avait-il déclaré. Une exclusion qui ne serait pas sans dommages à quelques mois d'une primaire et des législatives, relève le Point, l'hebdomadaire qui décrit l'attitude des élus PS face ce dilemme cornélien non sans une belle métaphore d'un écologiste ralliés aux socialistes: ils sont "comme un banc de baleines qui va s'échouer".

"Ecoutez, la question n'est pas celle du Premier ministre — je ne sais pas s'il doit démissionner ou pas — mais en tout cas, moi je me bats pour que nous ayons une motion de censure et que nous soyons assez nombreux pour la déposer, parce que ça c'est le processus démocratique: le 49.3 implique forcément cette réaction-là."

Avant son adoption finale, très probablement via un troisième 49-3, le texte effectuera une dernière navette entre l'Assemblée et le Sénat. Une navette qui devrait être expéditive, estimant que le "gouvernement s'était essuyé les pieds sur sa première copie" — comme l'avait bien résumé Danielle Sportiello, journaliste parlementaire de France 3 — le Palais du Luxembourg a annoncé qu'il renverrait automatiquement le texte, sans lui apporter une quelconque modification.

Quant à la mobilisation de la rue, ce n'est pas elle qui mettra la pression sur l'exécutif: hier, lors de la douzième journée de mobilisation contre le projet de loi, ils étaient 45.000 manifestants à Paris selon la CGT, contre 6.500 et 7.500 selon la préfecture de police. On est loin des chiffres avancés de part et d'autre lors de la mobilisation du 14 Juin. De plus, FO et la CGT ont donné rendez-vous aux manifestants… à la rentrée, soit longtemps après l'adoption définitive de la loi. Bref, les jeux semblent être faits.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Source: fr.sputniknews.com

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