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«Erdogan a utilisé le coup d'État pour renforcer ses propres pouvoirs»

15 juillet 2017 11:23
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«Erdogan a utilisé le coup d'État pour renforcer ses propres pouvoirs»

INTERVIEW - Un an après la tentative de putsch, la Turquie ne ressemble plus à un régime démocratique. Entre purges et personnalisation du pouvoir, Erdogan se place en président omniprésent. Décryptage avec Jean Marcou, directeur des Relations internationales de Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, la Turquie s'embrasait alors qu'une partie de l'armée essayait de renverser le pouvoir en place. Le putsch qui a finalement avorté a provoqué la mort de plus 250 personnes. Mais si le pays ne semble pas encore totalement remis de cette tentative de coup d'État, un homme en est sorti renforcé: le président Recep Tayyip Erdogan. Jean Marcou, directeur des Relations internationales de Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie revient pour Le Figaro, sur les conséquences de ce putsch.

LE FIGARO. - Un an après la tentative de coup d'État, comment a évolué la Turquie sur le plan politique?

Jean MARCOU - Depuis le 15 juillet 2016, la Turquie a glissé vers une situation d'autoritarisme extrêmement sévère. Le coup d'État a servi de point de départ à de grandes purges dans pratiquement toutes les institutions, que ce soit l'armée, la police, la justice, l'éducation ou encore la presse. Des purges qui se font presque sans justification ou sous des prétextes douteux. Il y a actuellement un reformatage de l'État et de la société turque qui se combine à un phénomène de transformation politique, avec, notamment une forte centralisation du pouvoir. Tayyip Erdogan a su utiliser le coup d'État à son profit pour renforcer ses propres pouvoirs. Le putsch a désarmé l'opposition et le président turc en a profité pour accélérer certaines réformes en gestation. Il a également personnalisé un peu plus le pouvoir.

La Turquie est-elle encore un pays de droit et qu'en est-il de la liberté d'expression alors que de nombreux médias ont été contraints de fermer?

Formellement, un certain nombre de droits demeure même si certains sont très altérés. En ce qui concerne la liberté d'expression, il y a un fort phénomène d'intimidation de l'opposition. Il reste des journaux d'opposition comme le Cumhuriyet, qui est de tendance kémaliste. Mais beaucoup de journalistes ou d'intellectuels qui ont collaboré avec ce journal ont été arrêtés, placés en garde à vue et pour certains incarcérés. Toutefois cette situation est antérieure au putsch. Le rédacteur en chef Can Dündar, avait été interpellé en 2015 au moment de la révélation de l'affaire de camion du MIT, les services de renseignement turcs. C'est une pratique malheureusement courante en Turquie.

La presse et les médias ne sont pas les seuls touchés par le recul des libertés. Plus de 2000 personnes ont été poursuivies pour «insultes au président». Il y a également eu, dans le cadre de l'état d'urgence, la levée des immunités parlementaires. Un droit pourtant fondamental dans un régime démocratique.

Quel impact le putsch a-t-il eu sur les relations de la Turquie avec les grandes puissances comme l'Europe ou les États-Unis?

Les relations entre la Turquie et l'Europe ont clairement pâti de la dérive démocratique qui a suivi la tentative de coup d'État. On se rappelle qu'en avril, au moment du référendum sur le renforcement des pouvoirs d'Erdogan, le pays a eu plusieurs conflits notamment avec l'Allemagne, les Pays-Bas ou encore l'Autriche. En effet, cela posait problème que des membres du gouvernement turcs viennent rencontrer la diaspora turque. Plus récemment, Erdogan a voulu organiser des meetings avec ses partisans en marge du G20 qui se tenait à Hambourg. Mais l'Allemagne a refusé.

Avec les États-Unis c'est un peu différent. Les relations entre les deux pays étaient très dégradées sous l'administration Obama, notamment parce qu'il n'a pas voulu extrader l'opposant Fethullah Gülen, considéré par Erdogan comme un initiateur du putsch. Avec l'élection de Trump, Erdogan a eu de réels espoirs mais ils ne l'ont pas extradé non plus. Cependant, sur les questions humanitaires et de respect de droits, la nouvelle administration est beaucoup moins vigilante, ce qui arrange Tayyip Erdogan.

Pour le futur, peut-on imaginer la Turquie s'enfoncer dans cette situation d'autoritarisme?

Le grand rendez-vous est fixé en 2019. Ce sont les élections présidentielle et législatives qui décideront de l'avenir du pays. Si elles sont favorables à Erdogan, cela lui permettra d'appliquer les réformes prévues par le référendum d'avril dernier. En mai, il est déjà redevenu leader du Parti de la justice et du développement (AKP). Ce qui fait de lui un leader politique en plus d'être le président d'un régime parlementaire.

L'opposition pourra-t-elle faire barrage à la main mise d'Erdogan et de l'AKP? Peut-être. La «marche pour la justice» organisée le 9 juillet a rassemblé plusieurs dizaines de milliers d'opposants. Ça a surpris tout le monde alors qu'on croyait l'opposition fragilisée depuis la tentative de coup d'État. C'est un avertissement auquel vont répondre les partisans d'Erdogan. De grandes manifestations sont déjà prévues pour fêter l'échec du putsch.

Source: h24info.ma

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