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Geert Wilders, le « Trump néerlandais »

14 mars 2017 15:35
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Geert Wilders, le « Trump néerlandais »

A force de bafouer la liberté de religion et de repousser les limites de la liberté d’expression, le candidat anti-islam pourrait faire une percée aux élections. Mais la route du pouvoir lui semble barrée.

Infréquentable mais incontournable, Geert Wilders, tenant de l'extrême droite populiste néerlandaise, pourrait faire une percée lors des élections législatives de mercredi aux Pays-Bas . Les bookmakers londoniens parient sur la victoire de cet homme de cinquante-trois ans qui prône l'éradication de l'islam aux Pays-Bas.

Mais les derniers sondages, eux, sont de moins bon augure pour l'allié de Marine Le Pen, partisan comme elle de sortir son pays de l'Union européenne. Après avoir caracolé pendant des mois dans les intentions de vote, la mécanique semble cependant un peu grippée ces dernières semaines pour Geert Wilders et son Parti pour la liberté (PVV).

Selon le baromètre politique Peilingwijzer, le PVV serait distancé par le Parti libéral du Premier ministre (VVD). Difficile de dire si la crise récente entre les Pays-Bas et la Turquie peut le favoriser.

Reconnaissable entre tous avec sa chevelure peroxydée, Geert Wilders doit avant tout sa notoriété à ses positions contre l'islamisation de la société. Intitulé « Rendez-nous nos Pays-Bas », son programme électoral promet, entre autres, l'interdiction de la vente des corans, la fermeture des mosquées et des écoles coraniques, le rétablissement du contrôle aux frontières et l'interdiction de l'entrée de migrants en provenance de pays musulmans.

« Exclure et expulser », résume le parti écologiste GroenLinks pour qualifier la politique du PVV. « Que des solutions controversées, comme l'expulsion de millions de musulmans responsables, selon le PVV, des problèmes de l'Europe. Pas moins de six points mentionnés bafouent l'Etat de droit », s'indigne le parti des démocrates de centre gauche D66.

Surfant sur la vague populiste qui voit le jour aux Pays-Bas après les assassinats du politicien d'extrême droite Pim Fortuyn en 2002 puis du cinéaste Theo van Gogh en 2004 par un islamiste extrémiste, Geert Wilders a surgi sur le devant la scène politique néerlandaise voila onze ans.

En 2006, il rompt avec le Parti libéral auquel il appartenait jusque-là et qu'il juge trop mou face aux dangers de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Et, à la stupéfaction générale, son parti créé dans la précipitation rafle neuf sièges à la Chambre des députés. Un succès qui connaît son apogée en 2010 avec son score triomphal aux élections législatives (24 sièges remportés).

Comment en est-il arrivé là ? « Il est frappant que ce parti soit en mesure d'attirer des électeurs d'horizons aussi différents », analyse le sociologue Koen Damhuis, auteur d'un livre décortiquant l'électorat populiste néerlandais. « Un homme des HLM et des villas », titrait récemment le quotidien « De Volkskrant » en évoquant le « grand écart » de Geert Wilders dans l'électorat.

Il n'hésite pas en effet à piocher dans le registre de la gauche, puisqu'il promet par exemple de ramener l'âge de la retraite à 65 ans, contre 67 ans aujourd'hui. Transcendant les classes sociales, les tranches d'âge (de 20 % à 30 % de jeunes) et le clivage droite-gauche, le gros des troupes populistes vient, selon l'analyse de Koen Damhuis, des « laissés-pour-compte » de la classe ouvrière, de ceux qui se sentent « floués par le système » au sein de la classe moyenne, et d'une portion de la classe éduquée et aisée qui craint une perte des valeurs fondamentales de la société.

Son style iconoclaste attire aussi. Récurrentes, ses formules à l'emporte-pièce et ses provocations islamophobes - comme « le Coran expurgé de ses passages haineux n'est pas plus épais que le "Journal de Mickey" » - sont sa marque de fabrique. Il traite le maire d'Amsterdam de « buveur de thé à la menthe » pour sa politique d'intégration des minorités étrangères. Le choc des mots et le poids des clichés lui permettent de marquer les esprits dans une société où le multiculturalisme montre ses limites.

A l'étranger, sa sulfureuse réputation n'est plus à faire. Le mois dernier, lors du carnaval de Düsseldorf, des chars ont défilé avec les effigies des figures de proue de l'extrême droite européenne, dont Geert Wilders et Marine Le Pen, aux côtés d'une caricature d'Hitler.

Moins anecdotique, le monde arabe a failli s'enflammer lorsque, dans le sillage des caricatures danoises, Geert Wilders annonce fin 2007 la sortie d'un film islamophobe promettant de faire plus de bruit que « Les Versets sataniques » de Salman Rushdie. Celui-ci ne sera qu'un « pétard mouillé », mais la menace a suffi.

Depuis, Geert Wilders figure en bonne place sur la liste des personnes à abattre d'Al Qaida et un service de sécurité entrave en permanence sa liberté d'aller et venir. Des troupes d'élite ont aussi récemment renforcé ce dispositif rapproché. Astreint à une vie de reclus, l'homme vit quasiment sans contact avec l'extérieur avec son épouse, une diplomate hongroise.

Rien ne semblait prédestiner cet homme excentrique à s'attirer les foudres du monde. Né dans la ville frontalière de Venlo, il grandit dans la diversité politique : son père et sa mère, originaire des Indes orientales néerlandaises, plutôt à droite, son frère socialiste et sa soeur écolo.

L'usine de cornichons allemande juste à côté du domicile familial va servir de tremplin à ses convictions idéologiques. Le job qu'il y occupe, pour se « faire de l'argent de poche » durant ses études, lui procure un pécule suffisant pour partir à l'étranger.

Initiatique, son voyage commence par un séjour d'un an dans un kibboutz de la vallée du Jourdain côté israélien, un terreau de liens sionistes étroits qu'il entretient toujours. Son périple l'amène ensuite dans des pays arabes limitrophes, où la haine ambiante contre les Israéliens le renforce dans ses convictions.

Il se situera dès lors à l'aile la plus à droite de l'échiquier politique : le Parti libéral (VVD), dont le chef de file est aujourd'hui le Premier ministre, Mark Rutte - son principal adversaire pour ces élections législatives.

De 1990 à 2004, Geert Wilders devient conseiller municipal puis député et, à l'occasion, plume de l'ancien commissaire européen Frits Bolkestein. Mais il coupe les ponts lorsque le parti le juge trop à droite.

Précurseur dans l'art de tweeter, le leader de l'extrême droite batave privilégie immédiatement ce mode de communication. Il dispose aujourd'hui de beaucoup plus de « followers » (plus de 800.000) que le Premier ministre néerlandais (92.500). Mais Geert Wilders ne répond jamais à personne. Quelques clics lui suffisent pour orchestrer des frasques qui vont ipso facto défrayer la chronique.

Juste après l'attentat de Noël à Berlin, un de ses tweets a présenté un photomontage d'Angela Merkel les mains tachées de sang. Une façon de la désigner coupable pour avoir ouvert les frontières au « tsunami des demandeurs d'asile et à la terreur islamique ».

Les tweets de Geert Wilders ont, en revanche, salué le Brexit et l'élection de Trump. « Cet homme va apporter un vent nouveau... J'espère devenir un leader tel que lui... » « Il est le seul homme politique aux Pays-Bas à s'être réjoui de ces événements. Ce qui lui donne une image de gagnant dans l'opinion publique », considère Roy Kemmers, chargé de cours en sciences sociales à l'université Erasme de Rotterdam.

Via les réseaux sociaux, le politicien « s'échappe » de la camisole de sécurité qui le coupe du monde dans ses moindres déplacements. Dans des moments « intimes » avec les internautes, sa chatte Lola, son hobby pour les fléchettes et les tubes de Lady Gaga nourrissent ses confidences.

Il sait aussi utiliser la presse traditionnelle. « Les médias fournissent un oxygène indispensable à Geert Wilders », assure le politologue André Krouwel, de l'université d'Amsterdam. D'ailleurs, canalisée, la communication extérieure du PVV est le monopole exclusif de Geert Wilders. Aucun des collaborateurs qui le côtoient n'est autorisé à « parler ». Ses interviews sont accordées au compte-gouttes.

En pleine campagne électorale, il s'est même « payé le luxe » de décliner deux débats télévisés après les avoir acceptés... L'une des chaînes s'était permis de diffuser une interview de son frère comportant des propos désobligeants à son égard. A l'affût d'un écart, d'un excès ou d'un dérapage, le moindre de ses déplacements s'accompagne d'un essaim de radios et de chaînes de télévision.

Derrière ces shows médiatiques, l'envers du décor révèle cependant un parti sans consistance. Comme Louis XIV incarnait l'Etat lui-même, le PVV, c'est Wilders. Il est le seul à avoir une carte de son parti. Aucun autre adhérent n'existe. Son appareil politique se limite à quelques partisans, dont les 11 députés à la Chambre.

« Le PVV ne dispose pas d'une équipe susceptible de remplir des postes ministériels », estime André Krouwel, en dépit des cinquante noms sur sa liste de candidats aux élections. « Le chaos interne a aussi précipité le départ de quatre députés du PVV depuis les dernières législatives, car toute la stratégie du PVV est aux mains de Wilders », rappelle-t-il.

Quant au financement de ce parti, il s'avère sujet à caution. « Des rumeurs ont couru sur des fonds en provenance de groupuscules de juifs orthodoxes ou du lobby israélite new-yorkais. Mais, faute d'une législation néerlandaise sur le financement des partis, aucune thèse n'a été étayée », avance Wouter van der Brug, professeur en sciences politiques à l'université d'Amsterdam.

Le manque de sérieux du programme du PVV - l'ensemble du descriptif tient sur une feuille de papier de format A4 - est brocardé de toutes parts. « Comment aboutit-il à cette évaluation absurde de 7,2 milliards d'euros des bénéfices de la "désislamisation" du pays ? », raille André Krouwel.

« Geert Wilders n'a pas l'intention de gouverner le pays », assure Wouter van der Brug. De toute façon, la route vers le pouvoir lui est quasiment barrée. Tous les partis traditionnels refusant par avance de former une coalition avec le PVV, un « cordon sanitaire » le condamne a priori à rester aux portes du pouvoir.

Source: lesechos.fr

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