Attentat de Manhattan: Pourquoi Daech ne revendique pas (pour le moment)

2 novembre 2017 10:36

310 0

Attentat de Manhattan: Pourquoi Daech ne revendique pas (pour le moment)

Alors que tout semble concorder, l'organisation jihadiste, prompte à revendiquer chaque attaque, reste muette.

Le silence de l'Etat islamique pose donc question, d'autant qu'il s'agit du premier attentat meurtrier ayant frappé New York et de surcroît Manhattan depuis le 11 septembre, symbole ô combien important dans la propagande et l'imaginaire jihadistes.

Cela a été dit et répété: Daech ne fait, a priori, pas de revendication opportuniste. Exemple confirmant cette règle, l'EI n'a jamais revendiqué le crash de l'avion EgyptAir, alors qu'elle en aurait tiré un bénéfice énorme en termes d'impact sur les opinions publiques occidentales. Surtout que les autorités égyptiennes estimaient à l'époque que la probabilité d'un acte terroriste était "plus élevée" que celle d'une défaillance technique.

Autre caractéristique, la promptitude à s'attribuer une attaque. "S'ils sont responsables, ils revendiquent presque tout le temps dans la journée leurs actes. Daech est très prompt à revendiquer ce genre d'actions, surtout lorsqu'elles sont aussi importantes", expliquait à Challenges le spécialiste Matthieu Guidère en octobre 2015, quand l'EI avait revendiqué le crash l'Airbus A321. Une rapidité qui implique de nombreuses erreurs factuelles, que ce soit pour les attentats de Bruxelles ou de Paris. Celles-ci entament la crédibilité de ces revendications, à tel point que les soupçons de récupérations opportunistes ont amplifié ces derniers mois.

Des soupçons d'autant plus forts que, à ce jour, aucun lien n'a été établi entre l'auteur de l'attentat de Nice et l'Etat islamique et que la revendication d'une attaque aux Philippines par l'EI s'est avérée mensongère. Reste que chaque attentat à son propre timing. "Il n'y a aucune règle" en la matière, expliquait à L'Obs le journaliste spécialiste des réseaux jihadistes, David Thomson. À titre d'exemple, les attentats de Paris ont été revendiqués le samedi 14 novembre en fin de matinée, quand il a fallu 36 heures à l'organisation jihadiste pour revendiquer l'attentat de Nice.

En revendiquant très rapidement, Daech s'est exposé à la commission d'erreurs factuelles qui nuisent à sa crédibilité. En très grande difficulté sur le terrain, notamment depuis la perte de Raqqa, l'organisation terroriste a-t-elle dorénavant intérêt à "soigner son image" en prenant le temps nécessaire pour revendiquer un attentat avec davantage de précaution? Après tout, d'autres organisations jihadistes, notamment Al Qaida, ont fait preuve de prudence en la matière. En 2001, la revendication de l'attentat du 11 septembre était tombée près d'un mois plus tard, le 7 octobre.

Plus récemment, il a fallu une semaine pour que l'attaque de Charlie Hebdo reçoive son officialisation par Al Qaida dans la Péninsule arabique (Aqpa). Certes, les frères Kouachi avaient pris soin dès le 7 janvier de revendiquer leur appartenance à l'organisation, mais cela ne constituait en rien une revendication "officielle". Pour cela, il a fallu attendre le 14 janvier 2015 pour qu'apparaisse Nasser Ben Ali al-Anassi (un cadre d'Aqpa) sur une vidéo de revendication. "Nous tenons à préciser à l'intention de la nation musulmane que ce sont nous qui avons choisi la cible, financé l'opération et recruté son chef", affirmait-il précisant que "l'opération a été menée sur ordre de notre émir général Ayman al-Zawahiri et conformément à la volonté posthume d'Oussama Ben Laden".

Alors, cela signifie-t-il que Daech compte changer de stratégie? Impossible de l'affirmer avec certitude. Quoiqu'il en soit, Sayfullo Saipov a signé son acte et se dit "satisfait" d'avoir agi au nom de l'Etat islamique. Communiqué ou non, là est le plus important pour l'organisation jihadiste, en proie à d'importantes difficultés sur le terrain avec notamment la perte récente de sa "capitale" syrienne, Raqqa.

Source: huffingtonpost.fr

Pour la page de catégorie

Loading...