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Il n'y a jamais eu de «couscousgate» au sein du FN

22 septembre 2017 11:46
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Il n'y a jamais eu de «couscousgate» au sein du FN

L’affaire aura permis au Canard enchaîné de dégainer un titre ciselé : «le FN secoué par des couscous sismiques.» Elle aura aussi donné une dimension ridicule à l’implosion du FN. Pensez : le seul fait que Florian Philippot mange un couscous met le feu dans son parti. Mais si l’affaire a pris une dimension médiatique importante, jusqu’à être présentée comme la cause de l’explosion du parti, a-t-elle seulement eu lieu ? Un petit retour en arrière montre en fait que, contrairement à ce que la très grande majorité des médias (1) ont affirmé, l’affaire n’a jamais vraiment divisé ou déchiré le parti, ni opposé ses militants, et encore moins ses cadres. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’a pas été exploitée par Florian Philippot lui-même.

Au départ, donc, cette photo, twittée par la militante du FN Kelly Betesh. On y voit plusieurs personnes, dont Philippot, autour d’un couscous à Strasbourg.

L’article est lu par des nombreux autres, qui reprennent l’idée d’un parti se déchirant autour d’un plat de semoule.

Bref, le couscousgate secoue, déchire, agite le FN. Sauf que la lecture des articles ne valide guère leur titre. Dans cette affaire, aucun cadre (même petit) du FN n’a fait le reproche à Philippot de manger son couscous. Ni au début, ni à la fin. Comme précisé dans le papier de Buzzfeed, Jean-Yves Le Gallou, un des premiers relais de l’affaire, est un ancien du parti.

La seule personnalité «importante» citée dans les articles sur le sujet (par le Point) est Gilbert Collard mais son tweet, pour être vachard avec Philippot, ne critique à aucun moment son droit à manger du couscous. Au contraire.

S’il n’a donc pas divisé les cadres ou responsables du FN, le couscousgate a-t-il seulement divisé ses militants ? On peut avoir les mêmes réserves. D’abord parce qu’au moment où sort le premier article, les conversations sur le sujet sont très peu nombreuses, comme l’analyse Nicolas Vanderbiest, spécialiste des phénomènes d’influence sur les réseaux sociaux.

On le voit bien, le nombre de mentions demeure très faible jusqu’à la parution de l’article de Buzzfeed (le 15 septembre à 15 heures), qui va donner une tout autre dimension à l’affaire.

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Mais non seulement les mentions étaient très faibles jusqu’au 15, mais en plus elles n’étaient pas nécessairement le fait de militants du FN comme cela a été écrit. Pour Nicolas Vanderbiest, c’est surtout autour d’Henry de Lesquen, figure de l’extrême droite n’ayant rien à voir avec le FN, que s’organisent les conversations.

En fait, au sein du FN, ce n’est pas les détracteurs de Philippot qui bondissent le plus vite sur l’affaire… Mais bien le camp de Philippot lui-même, qui a été le premier relais – et activateur – de ce buzz, avec mention du hashtag couscousgate.

Avant l’article de Buzzfeed, les trois tweets les plus retweetés (même si encore confidentiels) sont, outre celui de De Lesquen, ceux de Philippot et de deux de ses proches, Sophie Montel et Pascal Bauche.

Le hashtag #CouscousGate est d’ailleurs l’œuvre d’un autre proche de Florian Philippot, Alexandre Benoît, ancien assistant parlementaire de Sophie Montel. A l’origine, il revendique une blague pour moquer de Lesquen et le Gallou.

Ce tweet est retweeté par Florian Philippot, qui en ajoutera plus tard un autre, n’hésitant jamais à remettre une louche de semoule dans le débat.

Sur les télés et radios, Sophie Montel et Florian Philippot se serviront largement de l’épisode du couscous pour se mettre en scène face à la frange extrême du FN. Ce qui repose donc en partie sur une fiction, alimentée par les médias et Philippot lui-même. Comme le résume parfaitement l’animation de Nicolas Vanderbiest : le couscousgate, qui n’a jamais vraiment divisé le FN (ni ses militants, ni encore moins ses cadres), est au départ une micro-polémique impliquant des membres de la patriosphère, montée en épingle par les médias, avec l’aimable participation du principal intéressé.

(1) Libération a aussi écrit un article sur le couscous de la discorde qui (que chacun en juge) ne met pas en scène une affaire interne au FN.

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Source: liberation.fr

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