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RDC: l'ONU documente les crimes contre les civils dans le Kasaï

4 août 2017 12:09
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RDC: l'ONU documente les crimes contre les civils dans le Kasaï

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) vient de publier un rapport accablant sur les crimes commis contre les civils dans la province du Kasaï, en République démocratique du Congo. Les récits des témoins sont effroyables. Les forces de sécurité nationales comme les milices contre lesquelles elles combattent sont accusées de faits pouvant constituer des «crimes au regard du droit international».

L'enquête menée par le HCDH se penche sur les violences commises par la milice pro-gouvernementale des Bana Mura, qui serait responsable de 171 victimes, des civils, pour l'essentiel. Le rapport pointe également les violences commises par le Kamuina Nsapu, qui cible régulièrement les symboles de l'État.

Les Nations unies documentent en outre un certain nombre de cas d'arrestations arbitraires et de violences extra-judicaires commises par les forces de sécurité.

Le rapport décrit un climat de violence généralisée, qui implique chaque partie de la crise en cours dans la province du Kasaï. L'enquête « qui se penche sur des faits survenus entre le 12 mars et le 19 juin » s'appuie sur les témoignages de 96 réfugiés installés en Angola.

Ceux-ci témoignent de scènes de pillages dans les villages. Ils relatent des cas de personnes brûlées vives, de victimes amputées, de viols. L'ampleur et la nature de ces violences relèvent, selon les Nations unies, de « crimes au regard du droit international ».

L'enquête regorge de récits relatant le caractère ethnique des violences. La milice Bana Mura est issue des communautés Tshokwe, Pendé et Tetela, hostiles aux Kamuina Nsapu et aux communautés dont ils sont issus, les Lulua ou plus généralement les Lubas. Et selon les témoignages recueillis par le Haut commissariat, ils s'en prennent non seulement à leurs rivaux miliciens mais à des villages accusés d'être complices, tuant des hommes, femmes et enfants de manière systématique.

Ces témoignages parlent de barrages érigés autour des localités attaquées pour éviter que des survivants ne puissent en réchapper. Les Luluas et les Lubas ne parlant souvent d'autres langues que le tshiluba, c'est ainsi que le choix des victimes se serait opéré. Par la langue, selon les informations recueillies par le Haut commissariat.

Des témoins et victimes auraient parlé d'attaques planifiées. « Les Bana Mura auraient initié une campagne visant à éliminer l'ensemble de la population Lulua et Luba » dans les villages pris d'assaut, note ce rapport. Des attaques à caractère ethnique auxquelles les forces de sécurité et des autorités locales auraient participé, selon l'ONU. C'est pourquoi le Haut commissaire rappelle aux autorités congolaises qu'elles ont le devoir de protéger tous les civils, quel que soit leur appartenance ethnique.

Ces récits constituent « un avertissement très sérieux » adressé au gouvernement congolais, avertit Zeid Ra’ad al Hussein. L'ONU exhorte les autorités à prendre des mesures nécessaires pour éviter que cette violence ne bascule dans un « processus de purification ethnique à plus grande échelle ».

État des lieux des desctructions dans village de Shapongo, dans le Kasaï : à gauche, le 19 mai 2016 ; à droite, le 9 juin 2017.

État des lieux des desctructions dans village de Mabanda, dans le Kasaï : à gauche, le 19 mai 2016 ; à droite, le 9 juin 2017.

État des lieux des desctructions dans village de Bondolo, dans le Kasaï : à gauche, le 19 mai 2016 ; à droite, le 9 juin 2017.

État des lieux des desctructions dans village de Bendaye, dans le Kasaï : à gauche, le 19 mai 2016 ; à droite, le 9 juin 2017.

Les auteurs du rapport pointent la responsabilité directe de militaires des FARDC - « parfois accompagnés d'autres agents de l'État, comme des agents de la police nationale congolaise (PNC), de l'Agence nationale de renseignements (ANR), de la Direction générale de la migration (DGM) et des chefs traditionnels » - dans des « violations graves des droits de l’homme », dans le cadre des opérations menées contre la milice Kamuina Nsapu. Entre le 12 mars et le 19 juin 2017, les forces de sécurité nationales ont été « responsables de violations des droits de l'homme contre 25 victimes, dont au moins 22 victimes d'exécutions extrajudiciaires ».

Cette milice - qui « aurait été organisée par des chefs traditionnels et des forces de sécurité locales (FARDC, ANR, PNC, DGM) », selon le rapport - est accusée d’avoir mené plusieurs attaques sur des civils dans le territoire Kamonia. 150 personnes auraient été tuées pas cette milice « lors de cinq attaques distinctes sur cinq villages ». Parmi ces victimes tuées par balles, à coups de machettes ou brûlées vives, « 68 étaient des femmes et 30 étaient des enfants ».

La principale attaque a été menée le 24 avril 2017, « entre 200 et 500 individus en civil, portant des bandanas blancs autour de la tête, armés de machettes, de couteaux, de fusils de chasse, et munis de bidons de carburant par un groupe de 200 » ont fondu sur le village de Cinq.

Lors de cette seule attaque, 116 personnes auraient été tuées. « Au moins deux femmes enceintes avec des fœtus bien formés ont été découpées et les fœtus ont été prélevés et coupés en morceaux. On aurait tiré sur un bébé avec un calibre 12 à deux reprises dans la tête, quatre heures après sa naissance », rapportent les auteurs du rapport. Le bébé, qui a miraculeusement survécu, a été vu par les membres de l’équipe du HCDH. Outre les meurtres, les miliciens ont également commis des viols et ont mutilé plusieurs dizaines de personnes - le rapport en recense 72 -, dont des enfants.

La milice anti-gouvernementale Kamuina Nsapu est elle aussi accusée de violations graves des droits de l’homme par les témoignages recueillis par les auteurs du rapport. Ces miliciens, dont « un grand nombre sont des mineurs », seraient responsables de 79 meurtres sur la période allant du 12 mars au 19 juin. Parmi les victimes recensées, 17 femmes et six enfants. « La sorcellerie est un élément fondamental des attaques des Kamuina Nsapu », note le rapport, qui précise que les miliciens « sont convaincus que leurs rituels sont magiques et les empêchent d'être tués au combat ». Des rituels qui comportent notamment des exécutions publiques et décapitations.

Les cibles de la milice Kamuina Nsapu sont « des membres des FARDC, de la PNC ou des fonctionnaires. Ceux qui sont découverts sont exécutés publiquement, puis décapités, et leurs têtes retirées ». Outre les agents de l’État, les miliciens ciblent également ceux qu’ils considèrent comme leurs collaborateurs, ainsi que les « individus soupçonnés de pratiquer la sorcellerie ». Le rapport cite notamment le cas de deux femmes, décapitées le 24 avril pour « sorcellerie ».

Le HCDH demande au gouvernement congolais de mener une « enquête rapide, transparente et indépendante pour établir les faits et les circonstances des violations et abus présumés des droits de l'homme perpétrées par des agents de l'État et des milices dans la province du Kasaï ». Il lui réclame également de « prendre de toute urgence des mesures appropriées afin de démanteler les milices actives dans les provinces du Kasaï ».

Les auteurs du rapport onusien demandent également à Kinshasa de prendre « les mesures nécessaires pour remplir, en collaboration avec des partenaires, y compris la Monusco, son rôle principal de protection de la population de la région du grand Kasaï, quelle que soit leur identité ethnique ».

Aux milices, le HCDH demande de « déposer instamment les armes et cesser toute attaque, menace et pression sur les populations, y compris celles visant à enrôler des enfants dans leurs rangs ».

Source: rfi.fr

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